Parole de survivante : «après mon agression sexuelle, j’ai choisi de ne pas me taire»

Arrivée en France à seulement 20 ans pour poursuivre ses études, elle portait en elle l’espoir d’une nouvelle vie, faite de découvertes et d’intégration. Mais derrière ce départ prometteur se cache une réalité plus sombre : celle d’une agression sexuelle survenue dans un contexte de confiance, suivie d’un parcours judiciaire éprouvant et d’un profond bouleversement personnel.

Aujourd’hui, elle a choisi de raconter son histoire, anonymement. Un témoignage fort, à la fois intime et courageux, qui dit la violence subie, mais aussi la reconstruction, la détermination et le refus du silence. Parce que parler, c’est aussi permettre à d’autres femmes de se reconnaître, de ne plus se sentir seules, et peut-être, d’oser demander de l’aide.

Afro Santé : tu es aujourd’hui une survivante. Peux-tu nous raconter ce qui s’est passé, avec tes mots ?

Je suis arrivée en France en 2020, j’avais 20 ans et beaucoup d’espoir. Je venais du Cameroun pour poursuivre des études en sciences politiques. J’étais curieuse, enthousiaste, prête à m’intégrer et à découvrir cette France que je voyais à travers mon écran mais surtout à m’intégrer en faisant la connaissance de personnes qui pourraient m’apprendre les codes de cette culture que je d’admirais.

C’est dans ce contexte que j’ai sympathisé avec un camarade de classe. Un soir, il m’a invitée chez lui. Pour moi, c’était une invitation amicale. J’y suis allée en toute confiance.

Sur place, il m’a proposé de l’alcool à plusieurs reprises. J’ai accepté, par politesse, par respect aussi ; des valeurs très ancrées dans mon éducation. Peu à peu, la situation a basculé. Il a commencé à m’embrasser. J’étais intimidée, je n’ai pas su réagir. Puis il m’a forcée. J’étais sous l’emprise de l’alcool, vulnérable.

Le pire ne s’est pas arrêté là. Alors que je me rhabillais, il a pris une photo de moi à mon insu, puis l’a diffusée à d’autres étudiants. Cette violence-là, invisible mais destructrice, m’a profondément marquée.

Afro Santé : quelles ont été tes premières réactions après les faits ?

J’ai ressenti une immense révolte. Mais très vite, elle a été étouffée par le regard des autres. Quand j’en ai parlé à des proches, j’ai été jugée. On m’a reproché ma confiance, mon comportement. Je me suis sentie seule, abandonnée.

Pourtant, au fond de moi, je savais que je n’avais rien fait de mal. C’est ma dignité qui avait été bafouée. Alors j’ai décidé de porter plainte.

On a essayé de m’en dissuader, en me faisant peur : perte de titre de séjour, interruption de mes études… Mais je suis allée jusqu’au bout.

La procédure a duré plus d’un an. J’ai dû prouver mon traumatisme, chercher un avocat avec peu de moyens, financer un accompagnement psychologique pour attester de l’impact. Même lorsque l’auteur a reconnu les faits, la réponse judiciaire a été dérisoire : 250 euros de dédommagement. J’ai refusé cet argent. J’ai demandé qu’il soit reversé à une association de défense des femmes.

Afro Santé : comment cette agression a-t-elle impacté ta vie ?

Elle m’a profondément transformée. Je me suis repliée sur moi-même. Je ne mangeais plus correctement. Le contact physique me devenait insupportable.

Mais en parallèle, quelque chose en moi refusait de céder. J’avais une rage silencieuse, une volonté de ne pas être définie par ce que j’avais subi.

Je me suis accrochée à mes études. J’ai travaillé sans relâche. J’ai terminé major de ma promotion. Pourtant, je n’ai jamais eu la force de retourner chercher mon diplôme. Ce lieu était devenu trop chargé de douleur.

Afro Santé : selon toi, que manque-t-il aujourd’hui pour mieux accompagner les victimes ?

L’essentiel, c’est l’écoute. Une écoute réelle, sans jugement. Être crue, c’est déjà un premier pas vers la reconstruction.

Quand une victime sent qu’elle est entendue, elle retrouve un peu de force. Elle peut envisager de porter plainte, de se faire accompagner, de guérir.

À l’inverse, le doute, la culpabilisation, le silence imposé… tout cela enferme encore davantage.

Afro Santé : quel message souhaites-tu transmettre aux femmes et aux jeunes filles ?

Ne vous taisez pas. Défendre sa dignité n’est jamais une faute.

Le silence détruit de l’intérieur et protège les agresseurs. Parler, c’est difficile, mais c’est aussi un acte de survie et de résistance.

Si vous souhaitez partager votre histoire, contactez-nous par mail sur associationafrosante@gmail.com

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