En Côte d’Ivoire, la fondation Bloom accompagne les survivantes de violences sexuelles vers la reconstruction
Les violences sexuelles demeurent un fléau majeur en Côte d’Ivoire. En 2020, 5 405 cas ont été officiellement recensés. En 2024, ce chiffre est passé à 9 607 survivantes de violences sexuelles. Des statistiques encore largement en dessous de la réalité, car dénoncer son agresseur reste extrêmement difficile, notamment lorsque celui-ci appartient à l’entourage proche.
Ces dernières années, l’État ivoirien a renforcé ses dispositifs : formation de policières à l’écoute des victimes, relais dans une centaine de localités pour recueillir les plaintes et orienter les survivantes, et mise en place d’un numéro gratuit d’urgence, le 1308. Malgré ces avancées, la prise en charge globale reste insuffisante et largement sous-financée.
C’est dans ce contexte que l’ONG ivoirienne Bloom joue un rôle crucial.
Un centre unique pour accueillir et protéger
Fondée en 2018, Bloom a créé le seul centre d’accueil privé du pays dédié aux survivantes de violences sexuelles. Une dizaine de professionnelles y travaillent quotidiennement pour accompagner celles qu’on appelle ici des « survivantes ».
Lorsqu’une femme est admise au centre, elle est prise en charge dans toutes les dimensions de sa vie :
– hébergement, alimentation et hygiène,
– suivi médical,
– accompagnement psychologique,
– soutien juridique,
– prise en charge psychosociale.
« C’est tout un monde qui travaille tous les jours aux côtés des survivantes, pour les survivantes, afin que leurs droits soient respectés », explique l’équipe de Bloom. Une mission essentielle mais coûteuse, car la reconstruction est un processus long qui nécessite des moyens durables.
Reconstruire pour redevenir autonome
Parmi les survivantes accompagnées, l’histoire d’une jeune fille illustre la violence silencieuse de l’inceste. Récupérée au village par son père, elle a été violée par celui-ci pendant huit ans. Huit années de peur, de soumission et de silence, avant qu’elle ne trouve le courage de porter plainte.
Comme beaucoup d’autres victimes, elle n’osait pas parler : par crainte des représailles, par dépendance matérielle, mais aussi parce que dénoncer un parent reste un tabou puissant. Aujourd’hui, grâce à un accompagnement psychologique et juridique, elle commence un long chemin de reconstruction, hors de l’emprise familiale, avec l’espoir de pouvoir un jour vivre sans peur.
Autre parcours, celui de Mireya Dhinga. Enceinte lorsqu’elle a subi un viol collectif sur un chantier, elle vit depuis près d’un an au centre avec son fils. Longtemps plongée dans une profonde dépression, elle raconte :
« Avant, je n’étais plus moi-même. J’avais perdu goût à la vie. Mais grâce à Bloom, j’ai repris confiance. Aujourd’hui, j’arrive à en parler, alors qu’avant c’était impossible. »
Grâce à l’appui de l’association, Mireya s’apprête à emménager dans son propre logement. Bloom l’a également aidée à louer un local afin qu’elle puisse se lancer dans la petite restauration, première étape vers son autonomie économique.
Briser le silence et réparer les vies des survivantes de violences sexuelles
Dans un pays où de nombreuses victimes subissent les violences au sein même de leur foyer, la parole reste un combat. La honte, la peur et la pression sociale enferment trop souvent les survivantes dans le silence.
Bloom agit précisément à cet endroit : redonner une voix, une dignité et un avenir à celles que la violence a détruites.
Mais les besoins dépassent largement les moyens. Le nombre de femmes cherchant refuge augmente, tandis que les financements restent insuffisants pour répondre à l’ampleur du problème.
Une urgence sociale et humaine
L’action de Bloom montre qu’une autre réponse est possible : une prise en charge humaine, complète et respectueuse, qui ne réduit pas les femmes à leur traumatisme mais les accompagne vers la résilience et l’autonomie.
En Côte d’Ivoire, la lutte contre les violences sexuelles ne peut se limiter aux chiffres et aux lois. Elle passe aussi par le soutien concret aux structures comme Bloom, qui transforment chaque jour des parcours brisés en chemins de reconstruction.
En savoir plus sur cette association :
Fondation Bloom, Riviera 4, Cité Verdoyante, TEL : 00225 01 02 82 70 32
Réseaux sociaux : @ongbloom
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