Dans nos pays, la situation du diabète est alarmante et les chiffres font froid au dos. Le traitement coûte cher. Ainsi certains patients allient-ils médicine moderne et remèdes naturels. Mais c’est quoi le diabète ? Quels sont les types de diabètes ? Guérit-on de cette maladie ? Diabète et travail, quelles sont les contraintes professionnelles liées à la pathologie ? AfroSanté vous fait le point.

Le diabète est une maladie chronique qui ne se guérit pas. L’évocation de son nom renvoie à la peur et au désespoir chez certains sujets. Pourtant la maladie peut-être traitée et contrôlée. Un diabétique peut-être un malade en bonne santé. « Quand on respecte les instructions du médecin en suivant normalement son régime, on peut vivre comme les autres en trainant la maladie», explique, rassuré, Y. M, un diabétique de type 2.

Mécanisme de la maladie

Que se passe-t-il dans notre corps lorsque nous avons le diabète?

Le diabète est causé par un manque ou un défaut de fonctionnement de l’insuline qui est une hormone produite par le pancréas, organe situé juste en dessous de l’estomac.

Dans le processus normal de digestion, les glucides qui sont les sucres contenus dans les aliments que nous mangeons passent par l’intestin et rejoignent la circulation sanguine. Ceci entraîne une augmentation de la glycémie (taux de sucre dans le sang). Automatiquement le pancréas détecte ce changement et déclenche la production d’insuline par ses cellules bêtas. L’insuline permet alors au sucre de quitter le sang pour pénétrer les cellules de l’organisme (muscles, tissus adipeux, foie, etc...) afin d’être stocké et utilisé comme source d’énergie.

Il est donc normal que le taux de sucre dans le sang augmente après un repas, le temps que l’insuline fasse son effet et stocke le sucre dans les cellules pour le faire redescendre à la normale qui est de 0,70 à 1 gramme de sucre par litre de sang à jeun.

Chez les personnes atteintes de diabète, ce système ne fonctionne pas et le taux de sucre dans le sang reste élevé.

Un taux de sucre élevé dans le sang entraîne certaines complications sur des organes essentiels comme les yeux, les reins, le cerveau, les nerfs, le cœur et les vaisseaux sanguins.

C’est la raison pour laquelle la pathologie se manifeste de diverses manières et est connue sous des formes différentes.

Comment peut-il être détecté?

Simplement par une prise de sang pour évaluer le taux de sucre dans le sang. Le dosage de la glycémie est pratiqué en laboratoire: un diabète est avéré lorsque la glycémie à jeun est égale ou supérieure à 1.26 g/l, à deux reprises ou égale ou supérieure à 2 g/l à n’importe quel moment de la journée.

On peut aussi confirmer le diagnostic avec le test de l’hémoglobine glyquée qui permet de connaitre la moyenne des glycémies sur les 3 derniers mois.

Il existe différents types de diabètes soit le pré-diabète, le diabète de type 1, de type 2, le diabète de grossesse et d’autres types plus rares. Les diabètes de type I et 2 sont plus fréquents.

Les Deux Principaux Types de Diabète

Malgré les progrès de la recherche médicale, le diabète reste une maladie qui se soigne très bien mais qui ne se guérit pas.

Il faut donc toute sa vie, se surveiller, garder de bonnes habitudes alimentaires et d’activité physique et prendre régulièrement ses médicaments. «Au fil du temps, cela devient une routine, on s’y habitue comme pour les besoins primaires», témoigne Aminata Sy, étudiante sujet diabétique depuis le moyen-secondaire.

Les deux principaux types de diabètes ont des causes différentes mais les mêmes conséquences et doivent être pris au sérieux et traités efficacement.

Il n’y a pas de «petits diabètes» ou de diabètes plus graves que d’autres.

Le diabète de type 1 touche 10 % des patients contre 85% pour le type 2. Les autres types de diabète concernent les 5 % restants selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Le diabète de type 1, celui des plus jeunes

Le diabète de type 1, anciennement appelé diabète insulino-dépendant (DID) est habituellement découvert chez les sujets enfants, adolescents ou jeunes adultes. Son apparition se fait de façon soudaine avec les symptômes suivant: soif intense, urines abondantes, et amaigrissements rapides.

Ce type de diabète est dû à la disparition de la cellule bêta (qui produit l’insuline) du pancréas. L’organisme ne reconnaît plus ces cellules bêta et les détruit. Le diabète de type 1 est donc une maladie auto-immune. Le glucose ne pouvant entrer dans les cellules retourne dans le sang et la glycémie monte.

Il existe une prédisposition génétique (familiale) mais les autres causes sont mal connues, l’environnement aurait également un rôle. Et puisque le corps ne fabrique plus du tout d’insuline, l’unique traitement est l’apport d’insuline: soit sous forme d’injections, soit avec une pompe à insuline, appareil portable ou implantable destiné à administrer l’insuline en continu.

Le diabète de type 2, celui des plus âgés

Le diabète de type 2 apparait de façon plus lente et chez des sujets plus âgées. A ses débuts il entraîne peu ou pas de symptômes. On estime qu’il s’écoule en moyenne 5 à 10 ans entre l’apparition des premières hyperglycémies et le diagnostic.

Toutefois lorsque l’hyperglycémie s’installe les symptômes suivant se font ressentir:

  • Une envie fréquente d’uriner, surtout la nuit. Les reins produisent plus d’urine pour tenter d’éliminer le surplus de glucose dans le sang.
  • Une augmentation de la faim et de la soif, avec une sensation de bouche sèche et/ou une somnolence excessive qui se remarque surtout après les repas.
  • Parfois on peut se retrouver avec une vision trouble et des infections bactériennes ou à champignons plus fréquentes (infections urinaires, vaginites, etc.)

Dans le diabète de type 2, autrefois appelé non insulino-dépendant (DNID), le processus est différent que dans le diabète de type 1.

Deux anomalies font que le glucose ne pénètre pas dans les cellules du corps et reste dans la circulation sanguine. Pour la première anomalie, le pancréas fabrique toujours de l’insuline mais pas assez, par rapport à la glycémie. Cette situation est appelée l’insulinopénie.

Pour la seconde anomalie cette insuline agit mal, on parle alors d’insulinorésistance. L’insuline ne peut plus réguler la glycémie et cette résistance épuise progressivement le pancréas qui finit par ne plus en assurer une production suffisante.

Ces deux mécanismes font que le taux de glucose dans le sang n’est pas régulé par l’insuline et entraine l’hyperglycémie propre au diabète.

Les causes du diabète de type 2 sont nombreuses et, dans bien des cas, c’est la combinaison de plusieurs facteurs qui déclenche l’apparition de la maladie.

Ces facteurs sont les suivants:

  • Les antécédents familiaux: l’hérédité est prépondérante
  • Le sexe: les hommes sont plus vulnérables que les femmes
  • Le poids: l’obésité et la graisse accumulée autour de l’abdomen
  • Le manque d’activité physique
  • Les mauvaises habitudes alimentaires
  • L’hypertension artérielle
  • Les glycémies anormalement élevées dans le passé: pour les femmes, avoir donné naissance à un bébé de plus de 4,1kg

Il est traité dans un premier temps par des mesures hygiéno-diététiques puis on a rapidement recours à des traitements anti diabétiques oraux ou injectables (injection d’insuline avec une seringue ou un stylo) dont l’efficacité n’est optimale que s’ils sont associés à une alimentation équilibrée et une activité physique régulière, avisent les diabétologues.

Le diabète de type 2 étant une maladie évolutive, après l’augmentation progressive des antidiabétiques (escalade thérapeutique), des injections d’insuline seront proposées au patient lorsque la carence en insuline sera trop importante.

L’hérédité en question

Selon les grilles de l’OMS, les facteurs d’hérédité ne sont pas les mêmes chez les deux type de diabète 1 et 2.

Lorsque l’un des deux parents est diabétique de type 2, le risque de transmission à la descendance est de l’ordre de 40 % et si les deux parents sont atteints, le risque grimpe à 70%. Il n’est que de 5 % dans le diabète de type 1, plus précisément 6 % si le père est diabétique, 2-3 % si c’est la mère (mais 30 % si les deux parents le sont).

Il est ainsi utile de se construire un arbre généalogique pour repérer les personnes de sa famille qui sont diabétiques et connaître son patrimoine génétique.

Les chiffres de la peur

Il existe dans le monde environ 200 millions de diabétiques. Les 2/3 se trouvent dans les pays en voie de développement. Et selon l’OMS, ces chiffres risquent de doubler d’ici 2025.

Au Sénégal, une étude est en train d’être menée pour mettre à jour les statistiques. Mais les chiffres disponibles sont alarmants. On comptait déjà 140 000 patients en 2000. L’étude a aussi fait part d’une possibilité de voir ces chiffes arriver en 2030 à 421 000 sujets du diabète. L’OMS évalue le taux de prévalence à 2%. Et non sans préciser qu’on ne saurait être catégorique sur ce chiffre. Mais précise toutefois que ce pourcentage est valable aussi bien en milieu rural qu’urbain. Le Professeur Seydou Nourou Diop, Spécialiste et Directeur du Centre Marc Sankale, le principal espace diabétogène du Sénégal, parlait de 300 000 à 400 000 sujets au Sénégal.

En Côte d’Ivoire, selon les statistiques de la Fédération Internationale du Diabète (FID) en 2014, le taux de prévalence serait d’environ 5%. Parmi ces personnes diabétiques 62.5% ne seraient pas diagnostiqués. Toutes ces personnes ne savent pas qu’elles sont malades et ne suivent pas de traitements ce qui les expose aux complications du diabète et augmente considérablement le taux de mortalité pour cette pathologie.

Traitement médical: prise en charge coûteuse

Le traitement du diabète est souvent fait à base d’insuline et matériel d’analyse du taux de sucre. Les systèmes sanitaires africains ne sont pas toujours conformes aux normes de l’OMS. Le nombre de spécialistes est souvent dérisoire par rapport au nombre de patients. L’accès au soin médical en plus de sa cherté est donc souvent difficile.

C’est ainsi qu’au Sénégal tout comme en Côte d’Ivoire, les sujets diabétiques recourent à la pharmacopée et la médecine traditionnelle parallèlement à la médecine moderne.

Les patients doivent parcourir souvent de très longues distances afin de se faire dépister et se faire soigner. L’accès difficile à la médecine moderne, est la cause de retards voire d’absence de diagnostic et d’accès aux traitements, portant ainsi préjudice aux patients. Les Etats africains pour la plupart, font des efforts en subventionnant à hauteur de 60% le prix de l’insuline soit 300 millions de francs CFA par an. Mais le diabète coûte encore cher. Les sujets regroupés dans des associations et mouvements d’entre-aide, plaident pour une loi sociale. Par exemple, les coûts sont estimés par l’Association Sénégalaise de Soutien aux Diabétiques (ASSAD) à près d’un million par an. La boite d’insuline à elle seule se vend à 6500F CFA sans compter les frais de déplacements et le suivi médical mais aussi les analyses et autres besoins supplémentaires comme les régimes alimentaires.

C’est ainsi qu’au Sénégal tout comme en Côte d’Ivoire, les sujets diabétiques recourent à la pharmacopée et la médecine traditionnelle parallèlement à la médecine moderne. Ces produits proviennent souvent des pays de la sous-région africaine: il y a le manguier sauvage du Gabon qui est un fruit à pulpe, le pervenche de Madagascar et notamment le moringa (voir rubrique Remèdes Traditionnels).

Cette alternative est fortement inspirée par la précarité dans laquelle évoluent de nombreux patients et par l’austérité économique des pays africains.