En 2015, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a enregistré environ 212 millions de cas de paludisme et 429 mille décès dus à cette maladie dans le monde. Si c’est près de la moitié de la population mondiale qui est ainsi exposée au risque de paludisme, c’est surtout en Afrique subsaharienne qu’elle constitue un fléau pour la santé publique. Le continent concentre à lui seul 90% de ces cas de paludisme et 92% des décès liés à cette maladie.

En Côte d’Ivoire, quatre millions de cas de paludisme ont été enregistrés dans les structures de soins publics en 2014. Le Sénégal quant à lui en a enregistré 492.253 en 2015.

Le plus alarmant dans ces chiffres est que ce sont les enfants de moins de 5 ans qui sont les principales victimes de la maladie, avec 70% des cas de décès dans le monde. En 2015, ce sont 303 mille enfants africains qui sont morts avant leur cinquième anniversaire. Sur 526 décès enregistrés au Sénégal, 158 étaient des enfants de moins de cinq ans. Les femmes enceintes, les personnes porteuses du VIH/SIDA, les migrants non immunisés originaires de pays exemptes de Palu et les voyageurs font également partie des personnes les plus vulnérables à la maladie.

Même si les efforts louables de l’OMS et les actions conjointes des Etats concernés ont permis de faire chuter le taux de mortalité à 29% au niveau mondial pendant ces cinq dernières années, le paludisme continue de faire beaucoup trop de dégâts en Afrique Subsaharienne.

Le plus alarmant dans ces chiffres est que ce sont les enfants de moins de 5 ans qui sont les principales victimes de la maladie...

Qu’est-ce que le paludisme ?

Le paludisme est une infection parasitaire causée par des espèces de parasites du genre Plasmodium, qui sont transmis aux humains par les piqures de moustiques infectés appartenant à l’espèce Anophèles.

Il existe plus de quatre cent espèces d’Anophèles, mais toutes ne se nourrissent pas de sang humain (certaines d’entre elles préférant le sang des animaux, le jus des fruits ou le nectar des fleurs). Seules les anophèles femelles piquent les humains et sont donc des vecteurs très importants du paludisme. Les mâles qui se nourrissent plutôt de nectar de fruits, n’ont d’autres fonctions que la fécondation des femelles.

L’anophèle femelle a besoins de repas de sang pour la maturation de ses œufs et d’eau stagnante pour les y pondre. Elle a une espérance de vie de trois à douze semaines et vit toujours près de son lieu de naissance (jusqu’à 300 mètres maximum.). Elle pique entre le crépuscule et l’aube, préfère vivre à l’intérieur que hors des maisons et est particulièrement attirée par les vapeurs d’alcool, les endroits et couleurs sombres. L’humidité et la chaleur sont les principaux facteurs environnementaux favorables à son développement. Ces deux facteurs étant des caractéristiques des climats africains, cela explique en partie la grande concentration de la pandémie sur le continent, particulièrement lors des saisons pluvieuses et dans les zones les plus humides. Par ailleurs, certains aménagements agricoles et hydrauliques (lacs de barrage, canaux, rizières inondées) démultiplient les lieux de ponte possible pour l’anophèle. En Afrique, le développement de l’irrigation a été corrélé à une progression du paludisme dans certaines régions (notamment dans les zones de culture du coton au Burkina Faso, au Mali et au Nord de la Côte d’Ivoire), qui n’étaient jadis pas assez humides pour une transmission permanente mais qui sont atteintes.

Comment le paludisme est-il transmis à l’homme ?

Dans 90% des cas, c’est la piqûre de l’anophèle femelle infectée qui transmet le plasmodium responsable de la maladie à l’homme. Mais la femelle anophèle ne naît pas avec le parasite dans l’organisme. Elle l’ingère pour la première fois lorsqu’elle se nourrit du sang d’un sujet humain infecté par le parasite. Si l’anophèle constitue donc le vecteur du plasmodium, c’est l’homme qui en est le réservoir. La transmission du paludisme est un processus complexe qui se déroule en trois temps :

  • Lors d’un repas de sang, l’anophèle ingère des formes mâles et femelles du plasmodium, qui vont entamer dans son organisme la première phase de leur maturation.

Ces cellules mâles et femelles vont s’accoupler pour donner naissance à une cellule-œuf mobile. Cette cellule-œuf pénètre dans l’estomac du moustique où il va subir des transformations et se multiplier en cellules infectieuses appelées sporozoites. Ces sporozoites vont migrer jusqu’aux glandes salivaires du moustique où elles vont attendre d’être transmises à l’homme.

  • Lorsque l’anophèle infecté pique un sujet humain, elle lui transmet les sporozoites (par la salive) qui vont débuter dans le foie de celui- ci, une phase d’incubation.
Les mérozoites s’accolent aux globules rouges, s’y développent, s’y divisent puis les font éclater de façon bru- tale et synchronisée. C’est l’hémolyse qui dure en général 48 heures, et pendant laquelle apparaissent les signes cliniques du paludisme...

Les sporozoites ingérés à l’homme vont mettre moins d’une demi-heure pour atteindre le foie en passant par le sang. Ils pénètrent les cellules du foie, s’y multiplient et subissent des transformations pour donner des mérozoites, qui sont des cellules femelles du parasite contenues dans des vésicules. Cette phase d’incubation qui est asymptomatique va durer 7 à 15 jours . Les mérozoites vont alors rejoindre la circulation sanguine pour s’attaquer aux globules rouges.

  • Les mérozoites contenues dans les vésicules atteignent la circulation sanguine « cachés » dans leurs vésicules faites de membranes mortes.

Une fois dans le sang, les vésicules libèrent leur flot de mérozoites (chaque vésicules pouvant contenir jusqu’à 100.000 mérozoites). Les mérozoites s’accolent aux globules rouges, s’y développent, s’y divisent puis les font éclater de façon brutale et synchronisée. C’est l’hémolyse qui dure en général 48 heures, et pendant laquelle apparaissent les signes cliniques du paludisme.

A ce stade, si le malade ne se fait pas soigner rapidement et correctement, il risque de migrer vers un paludisme grave qui peut causer sa mort. En effet, lorsque les globules rouges infectés éclatent, leurs débris peuvent aller obstruer les vaisseaux du cerveau et perturber son fonctionnement. Le malade risque alors de tomber dans le coma et de mourir.

Si la piqûre de l’anophèle est le mode de transmission du paludisme le plus connu, il n’est pas le seul. Il en existe deux autres :

Le paludisme gestationnel

Une femme enceinte atteinte de paludisme peut le transmettre au fœtus. Dans ce cas, les globules rouges parasités vont également envahir le placenta et perturber les échanges notamment de gaz et de nutriments entre la mère et le fœtus. La mère risque alors un avortement spontané ou une anémie sévère qui peut lui coûter la vie. Quant à l’enfant, il a de grandes chances de naître avec une insuffisance pondérale ou d’être mort-né.

Le paludisme transfusionnel

Dans des cas rares, il est possible de contracter le paludisme par transfusion sanguine ou en utilisant les mêmes seringues, pour ce qui est des toxicomanes.

Comment se manifeste le paludisme ?

Les signes cliniques qui suivent, permettent de reconnaître un malade du paludisme:

  • fièvre,
  • sensation de froid,
  • tremblements intermittents,
  • douleurs articulaires,
  • anémie (qui peut être sévère, surtout chez les enfants),
  • convulsions,
  • jaunisse,
  • fatigue généralisée,
  • perte d’appétit,
  • vertiges,
  • céphalées,
  • troubles digestifs,
  • diarrhée,
  • douleurs musculaires.

Cependant, dans les zones de forte endémicité comme la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne, les populations développent une semi-immunité qui rend le paludisme asymptomatique. Pour les populations ayant été régulièrement exposées au plasmodium, leur défense immunitaire a appris à combattre naturellement le parasite. Ainsi, un individu peut être infecté sans faire la maladie. Mais cela n’empêche pas le cycle de la contagion ; un moustique qui pique cette personne infectée peut transmettre le parasite à une autre personne.

Les populations ayant été régulièrement exposées au plasmodium, leur défense immunitaire a appris à combattre naturellement le parasite.

Quel traitement pour le paludisme ?

Le traitement homologué par l’OMS et aussi le plus efficace pour éliminer le paludisme dans le sang sont les Combinaisons Thérapeutiques à base d’Artémisinine (CTA), des molécules qui éliminent les plasmodies dans le sang.

Mais au préalable, le médecin doit nécessairement confirmer la présence des plasmodies dans le sang, en procédant à des tests de diagnostic rapides et de goutte épaisse, dont les résultats sont obtenus en quelques heures.

En Afrique, les tests de diagnostic et le traitement du paludisme sont gratuits dans tous les centres de santé et Hôpitaux de référence publics.

Dans le secteur privé, les prix des médicaments antipaludiques sont instables et peuvent aller du simple au double. Certains médicaments bénéficient de subventions et ont des coûts plus ou moins standards et accessibles, tandis que d’autres sont beaucoup plus chers parce que naturellement plus efficaces. Mais il existe également des médicaments génériques qui coûtent moins chers, mais qui ont la même efficacité que les molécules thérapeutiques classiques. Dans tous les cas, le moyen le plus simple et le plus sûr de se procurer des traitements à des prix abordables, reste de se fier aux prescriptions du médecin. Le médecin traitant peut renseigner le malade dans ce sens.

Le diagnostic et le traitement précoces peuvent non seulement sauver la vie du malade, mais doivent également constituer un devoir pour lui, afin de ne pas contaminer son entourage. Mais plus encore que le traitement, c’est une prévention efficace qui permettra à tout le monde de s’éloigner le plus possible de la maladie.

Quels moyens de prevention contre le paludisme ?

Une prévention efficace contre le paludisme passe nécessairement par:

Les bonnes habitudes à adopter au quotidien :

  • Eliminer les gites larvaires dans son environnement immédiat : Il suffit de seulement vingt-quatre heures pour qu’un point d’eau devienne un gite larvaire. Alors, que cela soit à la maison ou sur le lieu de travail, chaque individu doit identifier les points d’eau stagnante (les flaques d’eau, de l’eau contenue dans un pot de fleurs, un seau ou n’importe quel récipient en contenant) et les assécher.
  • Au moment du crépuscule (18h), veiller à toujours fermer les fenêtres et si possible les portes qui donnent sur l’extérieur des maisons pour éviter que les moustiques n’y entrent.
  • Porter des vêtements amples et de couleur claire : si votre vêtement ne vous colle pas à la peau, il sera plus difficile pour le moustique d’y avoir accès et de vous piquer. Par ailleurs, les moustiques anophèles n’aiment pas les couleurs claires.
  • Ne pas boire, ou du moins consommer le moins possible de l’alcool entre le crépuscule et l’aube pour éviter que les effluves n’attirent les moustiques.

Le traitement préventif

Le traitement préventif est adressé de préférence aux futurs voyageurs (qui doivent migrer d’une zone non endémique vers une zone endémique) et aux femmes enceintes. Il consiste en la prise d’un médicament antipaludique à titre préventif.

La moustiquaire imprégnée d’insecticide.

La moustiquaire imprégnée reste à ce jour le moyen le plus efficace pour éviter le paludisme. Elle tue ou éloigne les moustiques ainsi que beaucoup d’autres insectes. Il existe deux sortes de moustiquaires imprégnées dont l’efficacité se mesure en termes de lavage. Les Moustiquaires Imprégnées de Longue Durée (MILD) et les moustiquaires dites classiques. Les MILD sont conçues pour résister à au moins vingt lavages, ce qui correspond à une durée d’utilisation de trois ans dans des conditions normales. Les moustiquaires conventionnelles ont une durée de vie maximale de deux ans et elles doivent être retraitées périodiquement.

Tout le monde peut se procurer gratuitement des MILD lors des campagnes de distribution gratuite organisées par les ministères de la santé publique. Mais hormis celles-ci, il est possible de se procurer des moustiquaires imprégnées et des kits d’imprégnation à des prix très abordables dans les pharmacies, les supermarchés ou même les stations-services. (Au Sénégal, il est vendu 1.000 FCFA).

La moustiquaire imprégnée se lave avec du savon ordinaire en respectant les consignes suivantes : ne pas utiliser de l’eau de javel, ne pas utiliser de l’eau tiède ou chaude, toujours sécher la moustiquaire à l’ombre, à plat et jamais au soleil.

Régulièrement utilisée dans les foyers, la moustiquaire imprégnée réduit de 20% la mortalité infantile et de 30 à 40% les cas de paludisme chez les adultes.

La pulvérisation intra et extra-domiciliaire

Elle consiste à pulvériser une dose efficace d’insecticide à effet rémanent prolongé en général une ou deux fois par an. L’insecticide est pulvérisé sur les surfaces intérieures des murs et sur les plafonds où les anophèles sont susceptibles de se poser après leur repas sanguin. Cette technique atteint pleinement son potentiel lorsque 80% au moins des lieux fréquentés par les anophèles sont pulvérisés. Il est aussi possible de faire pulvériser son jardin de la même façon. Les produits sont testés cliniquement et certifiés sans danger pour la santé par des structures nationales et internationales agréés avant d’être commercialisés.

Pour faire pulvériser sa maison ou son jardin, il faut s’adresser ou à des structures agrées auprès des instituts nationaux d'hygiène publique.

Les Peintures anti-moustique

Ces peintures contiennent des principes actifs d’insecticide qui au moment du séchage, se cristallisent à la surface de la partie peinte sous forme de microbilles. Le produit insecticide se libère uniquement au contact des pattes de l’insecte. Il devient alors soluble et pénètre le système nerveux de l’insecte. L’effet est radical autant sur les moustiques que sur les mouches, les araignées les fourmis, les cafards et autres insectes.

Utilisée qu’avec des teintes pastelles, la peinture est en général sans odeur, sinon celle-ci n’est ni plus gênante, ni plus dangereuse que celle d’une peinture normale et requiert les mêmes précautions d’emploi. L’efficacité du produit dure trois ans.