L’une des principales raisons pour laquelle le paludisme fait tant de victimes et provoque tant de décès en Afrique est le mauvais traitement de la maladie. Une maladie qu’on peut éviter avec une bonne prévention et dont on guérit très bien en une semaine maximum, lorsqu’il est diagnostiqué à temps et soigné correctement. Mais le fait est que très souvent, la prévention et le traitement médicamenteux du paludisme sont bâclés.

Pour les populations rurales qui se trouvent dans des zones très reculées, le mauvais traitement du paludisme est dû au manque de moyen financier de ces populations et à l’accès difficile des soins de santé. Même quand l’Etat déploie des efforts considérables pour se rapprocher de la population, il se trouve toujours des zones endémiques (villages et campements) où les structures de santé sont beaucoup trop éloignées des lieux d’habitation. Les infrastructures de prise en charge des malades et le personnel sont presque toujours en sous-effectif par rapport au nombre de malades à recevoir. Le diagnostic et le traitement sont retardés ou inachevés, et c’est à ce moment que des drames se produisent.

Le cas de Giselle, aujourd’hui cuisinière chez des particuliers à Abidjan en est une parfaite illustration. « Avant de venir chercher du travail à Abidjan, je vivais avec ma mère à Gontougo (NDRL : village situé au Nord Est de la Côte d’Ivoire dans le département de Bondoukrou.) et j’avais une fille. Malheureusement elle est morte du paludisme ». L’histoire qu’elle raconte ensuite donne les larmes aux yeux. « Ma fille avait trois ans quand elle a contracté le paludisme. Ma mère et moi l’avions soigné avec des décoctions de plantes, mais au bout de deux jours ça n’allait toujours pas. Alors un matin, nous l’avons emmené au dispensaire. Après consultation, l’infirmier a déclaré qu’elle avait le paludisme. Mais les médicaments de palu étaient en rupture de stock et il nous fallait nous rendre jusqu’à l’hôpital public de la ville de Bondoukrou pour pouvoir traiter ma fille. Mon oncle qui avait une moto a bien voulu nous accompagner ma fille et moi à la ville. Mais en cours de route, ma fille a commencé à convulser. Paniqués, mon oncle et moi avions bien failli avoir un accident. Mon oncle a alors accéléré sa moto pour que nous puissions arriver le plus vite possible. Lorsque nous sommes arrivés à l’hôpital de la ville, ma fille était déjà inerte et étrangement molle dans mes bras, mais je n’ai pas voulu me rendre à l’évidence. C’est l’infirmière qui nous a accueillie qui a lancé le verdict. Ma fille était morte en cours de route. Je me suis effondrée par terre ». A la question de savoir si elle ne dormait pas sous une moustiquaire imprégnée avec sa fille, elle répond « Ma mère et moi avions bien eu des moustiquaires imprégnés lors de la dernière distribution gratuite organisée par les agents de santé public. Mais vraiment, cela a toujours été très difficile pour moi de dormir avec. Il fait très chaud la nuit, et j’ai l’impression d’étouffer en dessous. Alors il y’a des nuits où nous dormions en dessous et d’autres pas. »

Et c’est là l’une des manifestations de la négligence en termes de prévention contre le paludisme. Malgré l’effort des autorités pour sensibiliser les populations sur les mesures de prévention les plus basiques, notamment l’utilisation de la moustiquaire imprégnée, les populations négligent tout simplement la prévention même lorsqu’ils en ont les moyens. Dans les zones de forte endémicité comme la Côte d’Ivoire ou le Sénégal, il est d’usage qu’une personne contracte plusieurs fois le paludisme simple et en guérit sans grand dommage. Alors la maladie elle-même est minimisée et très souvent aucune mesure n’est prise pour s’en protéger.

Ainsi Juliette, secrétaire dans un ministère dans la ville d’Abidjan, mariée et mère de trois enfants confie-t-elle « Avant à la maison, dès qu’une personne contractait le palu, il s’en trouvait toujours une ou deux autres qui tombaient également malades. Mais ce n’était jamais très grave et nous en plaisantions même en disant qu’on était solidaires, même dans la maladie. Nous avions bien acheté des moustiquaires imprégnées, mais personne n’arrivait à dormir en dessous. Elles donnaient l’impression d’être séquestré à l’intérieur. Et puis de toute façon, elles s’accommodaient mal aux décors de nos chambres. Puis un jour, mon jeune garçon de 17 ans qui était en pleine révision pour son bac est tombé malade du paludisme. Comme d’habitude, il s’est rendu à l’hôpital et a acheté les médicaments pour se soigner, alors nous pensions tous qu’il allait très vite s’en remettre. Mais une semaine plus tard en pleine nuit, il a eu une forte fièvre et a commencé à délirer. C’était la panique à la maison. Mon mari et moi l’avions conduit à la clinique la plus proche. Le médecin s’est vite occupé de lui. Le lendemain il avait retrouvé sa lucidité et le médecin l’interrogea pour savoir s’il avait bien suivi son traitement de paludisme. C’est là qu’il avouera qu’il n’a pris les médicaments de paludisme que les deux premiers jours au lieu de trois jours comme l’indiquait le traitement. La raison qu’il avance est que les médicaments le mettaient dans un état de somnolence qui l’empêchait d’étudier. Et comme il se sentait bien après les deux premiers jours, il a tout bonnement interrompu le traitement. Le médecin l’a un peu réprimandé et lui a conseillé de ne plus jamais interrompre un traitement de paludisme alors qu’il est malade, parce certaines personnes mouraient, faute de s’être soigné correctement. Mon mari et moi nous sommes rendus compte de la négligence que nous avions eue face à cette maladie. Après cet épisode, tout le monde a dépassé le fameux sentiment de « séquestration » sous la moustiquaire imprégnée et dort en dessous toutes les nuits ».