Pour les malades diabétiques dans le monde du travail, c’est la croix et la bannière. Un véritable chemin de croix qui expose le patient à toutes sortes d’inconforts : souffrance, absentéisme, sanctions administratives comme pécuniaires, Suivre correctement le traitement du diabète pour pouvoir vivre avec la maladie prend beaucoup de temps au patient et à l’employeur qui ne réfléchit qu’en terme de productivité et de rentabilité. Dans le monde du travail, les certificats médicaux à fournir à chaque fois, indisposent les employeurs et certains finissent par se débarrasser des diabétiques. Sinon, ils sont sujets de congés maladie et font l’objet de ponction de salaires. Au Sénégal et en Côte d’Ivoire où le traitement et la prise en charge du diabète nécessitent beaucoup de moyens, cette diminution de ressources rend davantage nerveux les malades qui se sentent ainsi discriminés et stigmatisés dans le monde du travail, la maladie étant un cas de force majeure.

C’est le cas de Doudou Coulibaly. Cette vie de galère au quotidien, il en a fait l’amère expérience.

Son témoignage est glaçant.

Le témoignage d’un insulino-dépendant

Il est ce qu’on pourrait appeler «grand corps malade». Balançant presque sur 2 mètres, le corps frêle, c’est un géant diminué qui vit avec la maladie. Depuis 2007, il souffre du diabète de type 2. Doudou Coulibaly, la quarantaine, est journaliste à la Radio Municipale de Dakar (RMD). Il raconte : «J’ai appris pour mon diabète en 2007. Des suites d’un paludisme chronique, on m’a signifié à l’hôpital que je devais désormais faire attention par rapport à la consommation du sucre parce qu’on venait de me diagnostiquer un diabète de type 2. Je suis sous insuline.»

Une nouvelle qui tonne dans ses oreilles comme une pilule amère qui passe difficilement à travers la gorge. Même si l’homme n’avait jamais exclu le fait de se voir un jour diagnostiquer le diabète.

«Deux de mes grandes sœurs souffraient déjà de la maladie», accepte-t-il. Face aux multiples contraintes de son métier, Doudou Coulibaly résiste, conscient de sa maladie et amoureux de son travail.

«Du point de vue professionnel, c’est toujours compliqué. On ne peut pas comprendre quand on n’a pas la maladie. Il arrive des jours où, au réveil, on n’a envie d’aller nulle part, on sous la couette», témoigne le journaliste. Pour un professionnel c’est donc compliqué d’allier travail et diabète, et Doudou de confirmer : «En entreprise, quand on est malade, c’est des certificats médicaux pour la justification de son absence. Aussi, il m’est arrivé d’avoir des problèmes avec mes employeurs, avec notamment la Direction des Ressources Humaines.» entre ponction de salaire, congé maladie et frais médicaux.

Pour anecdotes, il se souvient de ses galères au quotidien : «Je prends trois fois par jour l’insuline, notre entreprise est au 7éme étage. Il faut donc dans mon cas prendre le petit déjeuner à 7heures, une collation à 11heures et le déjeuner à 13heures. Le soir, il me fallait une collation à 17heures aussi. C’est donc beaucoup de temps qu’on perd quand on veut effectuer tous ces déplacements dans la journée. On me demande un certificat médical, me coupe mon salaire. J’ai fait de sorte de produire tous les dossiers médicaux pour que les ponctions faites sur mon salaire me soient restituées. Seulement on m’avait mis en congé maladie.»

Un triste moment que le diabétique se rappelle surtout quand il doit faire face avec une maladie qui malgré la subvention sur l’insuline au Sénégal, demeure cher pour les malades. «Le congé maladie rime avec une moitié de salaire. Face à une pareille précarité économique, on ne peut faire face à une maladie aussi coûteuse. Quoi qu’on dise au Sénégal, malgré la subvention sur l’insuline, le diabète coûte cher et les malades souffrent de ces dépenses. En plus des frais médicaux, il y a un régime alimentaire à suivre. Dans une même maison il y a le menu familial et le menu du diabétique».

Il y a aussi le fait que les diabétiques sont parfois nerveux et du fait de leur tempérament, ils sont mal compris. «Même le corps médical ne fait pas parfois exception à cette incompréhension», se désole M. Coulibaly. Pour lui, il n’est pas admissible pour un pays comme le Sénégal qu’on ait un seul Centre pour diabétique.

Les patients viennent de partout, des régions et il n’est pas toujours évident qu’ils soient consultés le même jour. «Pour un travailleur, ce n’est pas toujours évident. Dans le privé, les gens ne lésinent même pas avec les diabétiques, parce que même les entreprises en pâtiraient», reconnaît-il. «Imaginez un mécanicien ou n’importe quel ouvrier qui est payé à la tâche et qui perd tout ce temps pour sa santé du fait de l’existence d’un centre», regrette Doudou Coulibaly.