Pathologie coûteuse et chronique, le diabète est le compagnon de vieillesse de plus en plus de personnes dans le monde. Vieillesse et diabète, une association trop courante, notamment lorsque le diabète sanctionne une vie entière de régime alimentaire déséquilibré.

Mais quand doit-on parler de personne âgée ? Pour l’Organisation mondiale de la santé (Oms), on considère le sujet comme étant âgé à partir de 65 ans. C’est une balise nécessaire mais dans les régions où les conditions de vie sont difficiles l’âge physiologique est parfois plus avancé que celui précisé par l’état civil.

Une plus grande vulnérabilité

Les malades du diabète lorsqu’ils sont âgés sont particulièrement vulnérables. Et ce en raison du vieillissement de l’organisme et l’accumulation des sucres et graisses qui sont les résultats de mauvaises habitudes alimentaires et hygiène de vie. Phénomènes qui se traduisent notamment par une alimentation trop riche en sucres, des comportements sédentaires et des situations de surpoids.

Le patient âgé peut s’avérer être plus fragile car pouvant présenter plusieurs pathologies et aussi dépendant avec une prise en charge médicale et sociale, plus coûteuse. En Côte d’Ivoire, l’absence de maison de retraite et de service de gériatrie rend particulièrement difficile un suivi optimalisé de la pathologie. En effet, celle-ci nécessite une prise en charge globale : observations, traitements médicamenteux, suivi psychologique, soins d’hygiène et organisation d’activités physiques.

Les handicapés, à hauteur de15 %, ont plus de 60 ans avec une prépondérance de la cécité. La plupart des cas ne sont pas diagnostiqués, par conséquent non traités. De plus, la précarité économique des personnes âgées, exclues de la population active, constitue une difficulté pour l’accès au dépistage et aux soins qui représentent des coûts non négligeables.

Une thérapie à la carte

Il est donc clair que le traitement se fait au cas par cas, en fonction du profil glycémique du patient et de son autonomie. En combinaison avec d’autres pathologies, les médicaments sont possibles en l’absence d’une insuffisance rénale grave.

L’éventail thérapeutique est large, depuis l’injection unique au coucher ou le matin, associée éventuellement aux antidiabétiques oraux, jusqu’aux multi-injections qui requièrent alors souvent une hospitalisation même courte. Un traitement lourd se justifie si l’espérance de vie est supérieure à 10 ans, autrement c’est de l’acharnement thérapeutique. Ce qui nuit à la qualité de vie du patient déjà fragilisé par d’autres pathologies inhérentes à son âge.

Du régime alimentaire du patient

Comme toujours, l’alimentation est le premier levier sur lequel agir en cas de diagnostic positif. Dans le cas particulier du patient âgé, la sensation de faim et de soif est atténuée alors que les besoins énergétiques augmentent. En effet la perte d’appétit conduit parfois à des formes de malnutrition. Difficile donc de préconiser un régime drastique quand on n’est pas sûr que les apports journaliers sont assurés.

Les difficultés liées notamment à la perte de la vision, des membres inférieurs, créent des situations nouvelles de handicap et d’isolement psychologique.

Le risque de dénutrition est ainsi réel. D’où la nécessité de fournir des efforts avec une rigueur de vigilance accrue. Il est important d’éviter que l’alimentation devienne monotone et légère : il faut varier quotidiennement les fruits et légumes frais. Et proposer une variété de plats et de saveurs qui vont susciter l’envie tout en respectant les règles diététiques liées à la pathologie.

Il existe également d’autres écueils dans la conduite au changement de comportement alimentaire. Les modes de préparation sont en cause et largement ancrés dans les habitudes et goûts alimentaires. Ainsi le sucre raffiné, mais aussi l’huile, grande pourvoyeuse de graisses, les cubes alimentaires et les concentrés de tomates, grands bailleurs de sel, sont ajoutés en grande quantité dans les sauces, les bouillies et les boissons. Chez le patient âgé, on note de fortes réticences à changer durablement de mode d’alimentation au profit d’une ligne perçue comme frugale et fade.

Complications : du handicap au décès

Les complications de la pathologie sont de toutes sortes. Les infections récurrentes. Car lorsque la glycémie est élevée, les défenses immunitaires ne fonctionnent pas correctement. On note aussi des pertes de poids importantes. Ainsi, au lieu de brûler du glucose, sa source d’énergie naturelle, le corps commence à brûler des protéines et de la graisse.

Et à long terme le patient est exposé aux maladies cardiovasculaires, c’est-à-dire les maladies du système circulatoire. Environ 70 % des diabétiques de type 2 meurent de ces maladies. L’AVC (l’Arrêt Vasculaire Cérébral) est plus fréquent, le risque étant multiplié par 3 et provoque décès ou handicap.

Le risque podologique (le pied diabétique) est provoqué par une neuropathie (maladie des nerfs). Ce sont des lésions des fibres nerveuses causées par le diabète qui affecte la sensibilité au niveau des jambes et des pieds. Le sujet ne perçoit plus ni douleurs, ni sensations de froid ou de chaleur. La neuropathie se traduit le plus souvent par un ulcère au pied. L’infection de ces blessures peut aboutir à l’amputation du pied et de la jambe.

Hyperglycémie et hypertension : le rein en danger

Le rein est l’organe qui va se trouver très vite affecté par la pathologie du fait de l’hyperglycémie et l’hypertension artérienne.

La première manifestation pourra être des infections urinaires. La néphropathie diabétique résulte d’une augmentation du taux de protéines dans l’urine. Elle peut entraîner une insuffisance rénale aiguë, nécessitant dialyse et greffe de rein.

Le diabète arrive à déteindre sur la vision du malade. Il peut occasionner des cataractes, des glaucomes, des dégénérescences maculaires (rétine). La rétinopathie diabétique résulte, quant à elle, de lésions des vaisseaux sanguins qui irriguent la rétine de l’oeil, pouvant entraîner la cécité. Le taux de cécité est 25 fois plus élevé pour les personnes souffrant du diabète.

Conséquences sociales et psychologiques

Les malades arrivent plus ou moins, en fonction de leur origine sociale et géographique, à suivre les traitements médicamenteux et les contrôles glycémiques périodiques. En Côte d’Ivoire, malgré les efforts pour décentraliser les instituts, de prise en charge, les milieux urbains restent les plus pourvus. Ce qui ne facilite pas l’accès aux soins pour tous, particulièrement lorsque les patients âgés sont de mobilité réduite. Les difficultés liées notamment à la perte de la vision, des membres inférieurs, créent des situations nouvelles de handicap et d’isolement psychologique. La prescription d’un régime alimentaire associée à la pratique d’exercices physiques est tout autant une source de contrainte dans la vie quotidienne.

Ces fausses promesses de guérison

Ces freins sont à la fois d’ordre économique, culturels et psychologiques qui constituent de véritables obstacles pour les soignants dans l’accompagnement proposé aux patients âgés. La chronicité de la maladie est un facteur difficile à appréhender. Le diabète n’est pas une maladie qui se guérit après un traitement court, c’est une maladie chronique dont la réponse thérapeutique est un accompagnement sur le long terme. L’observance du traitement se fait à vie, c’est un peu comme s’il fallait adopter un changement de comportement parfois radical à l’infinie. Culturellement, la coexistence avec les tradi- thérapeutes, guérisseurs et autres détenteurs de savoirs mystiques promettant une fausse guérison, peut constituer un frein au bon suivi du diabète.

Les patients âgés au capital culturel plus marqué par la tradition, se tourneront souvent vers ces «guérisseurs» particuliers qui promettent des remèdes simples et miraculeux.

De plus, le diabète chez la personne âgée est souvent accompagné de syndromes de la vieillesse tels que les troubles de la marche et de l’équilibre, les troubles de la nutrition, les troubles anxieux et dépressifs, les troubles cognitifs ou encore troubles visuels et auditifs...

Ainsi, la présence d’un diabète influence fortement la qualité de vie, l’état fonctionnel et l’autonomie du patient qui, en raison de son âge avancé, sont déjà fragilisés. Le diabète a donc un impact important sur le taux de mortalité dans cette tranche de la population, plutôt réfractaire à une bonne prise en charge de la maladie.