« Il m’a donné des bonbons” : le piège qui a brisé son enfance

Elle n’avait que 12 ans. Élève en classe de CM2, cette jeune Nigérienne rêvait de réussir ses études et de construire un avenir meilleur. Comme beaucoup d’enfants, elle avançait avec confiance. Mais une rencontre en apparence anodine a bouleversé sa vie.

Aujourd’hui, elle témoigne pour sensibiliser aux violences sexuelles faites aux enfants et rappeler l’importance de la vigilance et de la parole.

Afro Santé : vous êtes aujourd’hui une survivante. Que s’est-il passé ?

« J’étais en classe de CM2, j’avais environ 12 ans. Comme chaque matin, je partais à l’école. D’habitude, j’y allais avec d’autres filles de mon âge, mais ce jour-là, j’étais seule. Sur le chemin, un homme m’a arrêtée pour me parler. J’ai eu un peu peur au début, mais il a su me rassurer. Pour gagner ma confiance, il m’a donné des bonbons et des biscuits. À cet âge, ce sont des gestes qui paraissent gentils. On ne pense pas qu’il peut y avoir un danger derrière.

Il m’a ensuite demandé de l’accompagner chez lui pour l’aider rapidement avant de partir au travail. Je l’ai suivi sans arrière-pensée. Je ne pouvais pas imaginer ce qui allait m’arriver. Après cela, tout est devenu flou pour moi. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je me suis retrouvée dans une situation qui m’a profondément choquée. J’étais perdue, je ne savais pas comment réagir ni à qui parler. Malgré ce que je venais de vivre, j’ai continué mon chemin vers l’école, comme si de rien n’était, parce que je ne savais pas quoi faire d’autre. »

Afro Santé : comment la situation a-t-elle été révélée ?

« En rentrant à la maison, quelque chose n’allait pas. Mon état a alerté ma grande sœur. Elle a insisté pour comprendre ce qui se passait. Au début, je n’arrivais pas à parler. J’étais encore sous le choc. Puis, petit à petit, j’ai fini par raconter. À partir de là, tout s’est enchaîné très vite. J’ai été emmenée à l’hôpital pour être prise en charge.

Après les examens, on a découvert que j’étais enceinte. Pour ma famille, c’était incompréhensible. J’étais encore une enfant. Mais la réalité était là. Avec le soutien de mes proches, une enquête a été menée. J’ai décrit cet homme, et après des recherches, il a été retrouvé. Il a été jugé et condamné. Cela a été une étape importante, parce que cela a permis de reconnaître ce que j’avais subi. »

Afro Santé : comment avez-vous vécu les conséquences de cette épreuve ?

« C’était extrêmement difficile. À cet âge, je ne comprenais même pas ce que signifiait être enceinte. Je ne savais rien de tout cela. J’ai dû affronter une situation que je n’avais jamais imaginée. Heureusement, j’ai été suivie médicalement pendant toute cette période.

Malgré cela, j’ai ressenti beaucoup de peur, de confusion et de souffrance. J’ai porté quelque chose que je ne comprenais pas, avec un corps d’enfant et un esprit d’enfant. Avec le temps, j’ai donné naissance à un garçon, par intervention médicale. C’était une épreuve de plus, mais aussi le début d’une nouvelle responsabilité que je n’avais pas choisie. »

Afro Santé : quel impact cela a-t-il eu sur votre vie et celle de votre enfant ?

« Les conséquences de ce que j’ai vécu ne se sont jamais arrêtées. Elles ont continué à affecter ma vie, année après année. J’ai essayé d’avancer, de reconstruire ma vie. J’ai rencontré quelqu’un, je me suis mariée, et j’ai fondé une famille. Mais le passé ne disparaît pas.

Mon enfant a grandi avec des questions, et surtout avec le regard des autres. Dans le quartier, certains ont tenu des propos blessants à son égard. Cela l’a profondément affecté. De mon côté, je n’avais pas la force de lui expliquer toute la vérité. J’ai gardé le silence pendant longtemps, pensant le protéger.

Mais ce silence a créé encore plus de souffrance. Avec le temps, il a développé de la colère, de l’incompréhension. Aujourd’hui, il traverse des difficultés importantes, notamment sur le plan psychologique. Cela affecte notre relation, et c’est une douleur constante pour moi. Je porte encore les conséquences de ce que j’ai vécu, et lui aussi. »

Afro Santé : quel message souhaitez-vous transmettre ?

« Je veux dire aux parents que la vigilance est essentielle. Il faut parler avec les enfants, leur expliquer qu’ils ne doivent pas suivre un inconnu, même si cette personne semble gentille. Un simple bonbon, un cadeau, une promesse peuvent être utilisés pour les piéger.

Je veux aussi dire aux victimes qu’il ne faut pas rester silencieuses. Moi, je suis restée silencieuse trop longtemps, et cela a aggravé les choses. Parler, se confier à une personne de confiance, chercher de l’aide… c’est très important.

Si mon témoignage peut aider ne serait-ce qu’un enfant ou une famille à éviter cela, alors il aura servi à quelque chose. »

Ce témoignage rappelle que les violences sexuelles faites aux enfants peuvent commencer par des situations simples et trompeuses. La prévention passe par l’éducation, le dialogue et la vigilance. Protéger un enfant, c’est lui donner les moyens de comprendre, de se défendre et surtout de parler sans peur.

Si vous souhaitez partager votre histoire, contactez-nous par mail sur associationafrosante@gmail.com

Rédacteur @Malama pour Afro Santé

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