Violences sexuelles en RDC : une femme violée toutes les quatre minutes

À l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les violences sexuelles continuent de sévir à un rythme alarmant, affectant des dizaines de milliers de femmes et de filles. Selon les données collectées par les équipes humanitaires et publiées par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), près de 900 viols ont été enregistrés en seulement deux semaines de février 2025, soit une moyenne de 60 par jour.

Ces chiffres s’inscrivent dans une tendance inquiétante. En 2023, 123.000 cas avaient déjà été signalés à l’échelle nationale, dont plus de 70 % dans l’est du pays, et en 2024, le nombre de victimes a dépassé 130.000, principalement des femmes et des filles. Pour Mady Biaye, représentant de l’UNFPA en RDC, « une femme est violée toutes les quatre minutes » dans la région, un chiffre basé uniquement sur les survivantes ayant pu accéder aux soins dans les 23 sites soutenus par l’agence à Goma, au Nord-Kivu (ONU Info, 8 mars 2025).

Les violences comme arme de guerre

Les agressions sexuelles sont souvent utilisées comme un instrument de guerre. Des groupes armés, notamment le M23, les emploient pour intimider les populations et déstabiliser le tissu familial et communautaire, facilitant ainsi leur contrôle des territoires. « Les femmes et les filles sont utilisées pour détruire des sociétés entières », souligne M. Biaye, pointant également l’influence des enjeux économiques et des tensions ethniques qui aggravent le phénomène.

Des conséquences graves et durables

Les séquelles pour les survivantes sont lourdes. Sur le plan physique, elles vont de fistules à la transmission d’infections, dont le VIH, en passant par des grossesses non désirées. Psychologiquement, les victimes souffrent de stress post-traumatique, de dépression et de honte. La stigmatisation sociale peut entraîner l’exclusion et la rupture de mariages, et dans de nombreux cas, la précarité économique pousse certaines femmes vers l’exploitation sexuelle.

Un accès aux soins difficile

Afro Santé -> Prévenir-Guérir-ConLes soins d’urgence doivent intervenir dans les 72 heures suivant le viol pour prévenir infections et grossesses non désirées. Mais la situation sécuritaire complique l’accès aux soins : les infrastructures sanitaires sont endommagées, les stocks de médicaments pillés, et le déplacement du matériel médical depuis les bureaux de l’UNFPA au Rwanda et en Ouganda reste un défi logistique majeur.

Le rôle crucial du financement

La suspension temporaire des financements américains, prévue initialement pour contribuer à hauteur de 10 millions de dollars pour l’achat de contraceptifs en 2025, complique encore davantage la situation. Selon l’UNFPA, près de trois millions de femmes et filles ont besoin de contraceptifs modernes cette année, pour un coût total estimé à 70 millions de dollars. Sans ces ressources, le risque de décès maternels, de grossesses non désirées et de besoins en avortements sécurisés augmente considérablement.

Pour M. Biaye, la situation ne se résume pas à des statistiques : « C’est sauver la vie des gens. C’est même sauver le pays. » Les violences sexuelles dans l’est de la RDC continuent sans répit, et la réponse humanitaire peine à suivre l’ampleur de la crise.

Source : ONU Info, « Violences sexuelles en RDC : « une femme violée toutes les quatre minutes » », 8 mars 2025.

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